Moyen-Âge

La commune suit le sort de la seigneurie de Florimont et dépend du comté de Ferrette.

Haut de page


Premier Empire

A la chute de Napoléon en 1815, pendant les deux années d’occupation de notre pays par les Alliés, des Autrichiens séjournèrent à Suarce. La commune dut leur fournir 8 bœufs, 13 vaches et 48 chevaux. De plus 15 voitures furent emmenées et jamais rendues.

Les fournisseurs demandèrent par l’intermédiaire de la mairie à être indemnisés par l’État. La préfecture de Colmar répondit que Suarce étant propriétaire d’une grande forêt, avait la ressource d’en vendre une partie pour indemniser ces fournisseurs.

Dans ce but, le conseil municipal fit vendre 150 vieux chênes, provenant du bois dit « la Coire » dont le produit était bien insuffisant pour égaler les pertes subies. Le gouvernement de la restauration qui avait si généreusement accordé un milliard de francs d’indemnité aux anciens émigrés, se refusa à payer les pertes subies par les cultivateurs de Suarce. Ceux-ci, plus généreux abandonnèrent leur revendication, et se refusèrent à vendre leur forêt.

Haut de page


1870-1871

Le 17 novembre 1870 arrivèrent les premiers Prussiens, ils étaient au nombre de 700, qu'il fallut loger et nourrir. C'étaient des artilleurs, venant de Strueth pour assiéger Belfort. La commune réquisitionna un jeune boeuf chez Alexandre Dinet, pour la somme de 220 Frs. Ce boeuf fut débité sur la place du village, où les allemands venaient se ravitailler. Malheureusement, la bête était trop petite pour satisfaire tout le monde, aussi les derniers arrivants furent mal servis.
Le maire de Suarce, Célestin Monnier assistait à cette distribution, et lorsqu'il ne resta plus que le foie du boeuf, un officier vint encore réclamer la part de ses hommes. Furieux en voyant le morceau qu'on lui offrait, il prit le foie et en frappa le maire au visage, mais il ne fut pas moins réduit de s'en contenter.
Tous ces prussiens étaient des hommes très violents et les cas de brutalités envers la population étaient très fréquents.

Pendant le siège de Belfort, une contribution de guerre fut imposée au canton de Dannemarie pour le prix de fourniture et de couverture de laine aux soldats allemands. Outre les réquisitions en nature, ce canton du payer 8437 Francs 50 avec menace de pillage, si l'on ne s'exécutait pas.
Le conseil municipal de Suarce prit à ce sujet une délibération dans laquelle il est dit : « Considérant qu'on ne pourrait résister aux réquisitions dont il s'agit sans exposer la commune au pillage, ainsi que le porte l'ordre signifié par le général en chef, le conseil vote à cet effet une somme de 10 000 Frs.

La guerre une fois terminée, pendant l'occupation de Suarce par l'armée prussienne, on n'eut plus à se plaindre des soldats, que leurs officiers ne soutenaient jamais dans leurs torts envers la population civile.
Les allemands qui occupaient Suarce étaient des Bavarois qui pour la plupart étaient déjà âgés, et à qui il tardait de reprendre la vie de famille. Ils étaient soumis à une discipline rigoureuse et ceux qui commettaient des fautes graves recevaient la "Schlague".

La guerre était terminée, mais la paix de Francfort n'était pas signée que l'on savait que les Prussiens prenaient l'Alsace. A Suarce, on était dans une grande inquiétude, de même qu’à Chavanatte et Chavannes-les-Grands, car ces trois communes, quoique de langue française avaient été rattachées au canton de Dannemarie pendant la Révolution.
Ces trois communes ont été incorporées au Reich allemand, pendant quelques temps, jusqu'à la fin des tractations et à la signature du traité de paix de Francfort le 10 mai 1871. Il y eu même à Suarce un percepteur et un instituteur allemands.

Haut de page


1914-1918 - La première Guerre Mondiale

On sait que, déjà plusieurs jours avant les hostilités, des ordres formels avaient été donnés aux troupes françaises de reculer à une distance de 10 km de la frontière afin de prévenir des incidents fâcheux. A Suarce, le 1er août, un officier était venu de Belfort, et avait averti tous les hommes mobilisables de la commune, de rejoindre Belfort sans délai.
Pendant la matinée du dimanche 2 août, des patrouilles allemandes furent aperçues tout autour de notre village, du côté de la frontière.
A l'approche de l'une d'elle, la douane s'était retirée de la route de Dannemarie, jusqu'au pont de la Suarcine, sur la route de Belfort. On lui avait interdit de faire usage de ses armes.
Vers 10 heures, une patrouille de huit dragons allemands accompagnés de deux cyclistes entra au village, par la route de Dannemarie et se dirigea sur celle de Belfort. L'un des cyclistes apercevant la douane, tira dans sa direction. Le poste de douane de Suarce avait été renforcé d'une vingtaine d'hommes " La brigade de Mandeure " en tenue de guerre, sac au dos et lebel au poing. Au 1er coup de fusil, seul le douanier Laibe est resté au milieu du chemin devant le câble qui barrait la route près du pont de la Suarcine, tous les autres douaniers, se sont sauvés dans la forêt abandonnant leurs sacs à dos contre les piliers du pont.
Le douanier Laibe de Suarce riposta et abattit le cheval d'un dragon. Un nouveau coup de feu d'un cycliste atteignit Laibe, qui eu l'épaule brisée.
Pendant ce temps, le dragon démonté sauta en croupe derrière un camarade et tous disparurent du côté de Chavanatte. Le douanier Georges Laibe fut incontestablement le premier blessé de la guerre 1914-1918.
Pendant ce temps là éclatait la fusillade de Joncherey nettement perceptible depuis Suarce.

Otage
L'après midi de ce même jour, un ordre de la place de Belfort fut apporté à Suarce. Il invitait les propriétaires à conduire immédiatement dans cette place, les 22 chevaux et les voitures réquisitionnées.
Or à cette heure, tout le monde était dans les champs, occupé à rentrer l'avoine.
Pour rappeler les moissonneurs, on eu le tort de faire sonner les cloches, sans penser que cette sonnerie donnerait l'éveil aux patrouilles allemandes, qui ne cessaient de roder autour de Suarce.
Les voituriers se regroupèrent sur la place et l'on n'attendait plus que sur les quelques retardataires, Mme Fleger et Mme Thévenot, leurs maris étant mobilisés depuis la veille. Un peu en retard avec chacune 2 chevaux et une voiture, voyant les cavaliers allemands, elles eurent le sang froid de retourner chez elles.
C'était 12 dragons, venus de la direction de Vellescot et remontant le village. Ils passèrent sans rien dire à côté des chevaux déjà groupés et se rendirent au téléphone dans l'intention de le briser. L'officier allemand s'approcha de l'affiche qui ordonnait la réquisition des chevaux, placardée au mur du café de la demie lune, et s'en empara, sans descendre de cheval. Pendant ce temps, Mr Edouard Voëlin qui tenait la tête des voituriers, donna le signal du départ, et on se dirigea au trot contre Belfort. Mais à 300 mètres du village, les conducteurs furent rejoints par les dragons qui les obligèrent à faire demi tour.

Les cavaliers les encadrèrent et revolver au poing, ils les ramenèrent au galop contre Dannemarie, sous les yeux éplorés de leurs femmes et de leurs enfants, sans pouvoir leur adresser la parole.
Les chevaux de Suarce, piqués par les lances des dragons franchirent au galop les 10 Km qui sépare Suarce de Dannemarie où ils arrivèrent en nage, en une vingtaine de minutes.
A l'entrée de Dannemarie, les allemands postés auprès du pont du chemin de fer en entendant le vacarme des voitures, crurent avoir à faire à une batterie d'artillerie française, et s'empressèrent de lui barrer la route en faisant sauter à la dynamite un gros platane au bord du chemin. Reconnaissant ensuite leur méprise et tout joyeux d'une si facile victoire, ils firent dételer les chevaux et traîner l'arbre pour débarrasser la route.
De Dannemarie les prisonniers Suarçais et leurs attelages furent dirigés sur Mulhouse mais comme les allemands n’avaient plus rien à craindre le trajet s'effectua au pas.
Arrivés à Illfürt, on les fit entrer à l'auberge du Cheval Blanc, ou prévenus de leur arrivée par téléphone, les attendait le Lieutenant Colonel Von Weunig du 22ème dragons de Mulhouse avec quelques officiers de ce régiment. Les neuf conducteurs furent interrogés séparément par cet officier supérieur. On voulut les obliger à déclarer qu'ils avaient été pris en territoire allemand, mais tous s'y refusèrent énergiquement et courageusement. A Mulhouse, ils passèrent la nuit en prison, dans des cellules séparées, puis on les envoya à Neuf Brisach, ou ils passèrent devant un conseil de guerre. De là, on les dirigea sur les camps de prisonniers en Allemagne, d'ou deux d'entre eux ne devaient pas revenir.
Voici la liste de ces hommes : Edouard Voëlin décédé à Rastadt et Célestin Fleury décédé à Holzminden.
Charles Mattin, 20 ans réussi à s'évader par la Hollande ou sitôt arrivé en France, il fut incorporé au 172ème RI et dut attendre un long mois, avant de venir embrasser sa mère à Suarce.

Cela se passait le 2 août 1914, avant la déclaration de guerre qui eu lieu le 3 août en soirée.
Suarce eu le triste privilège d'avoir le premier blessé de la guerre et la première prise d'otages civils.

Suarce, premiers prisonniers civils de la guerre 1914-1918 Les héros au camp de Holzminden.
On reconnaît de gauche à droite : Henri Féga (le 1er), Charles Mattin (le 6ème), Emile Mouhat (le 7ème), Isidore Strup (le 9ème), Célestin Fleury (le 11ème) et Eugène Mattin (le 12). MM. Marchal et Voëlin ne figurent pas sur cette photo car ils se trouvaient alors au camp de Rastadt. Par contre, nous voyons (le 4ème à partir de la gauche), M. Gentine, agent de police à Belfort.

Haut de page


1939-1945 - La seconde Guerre Mondiale

Maquis
Les jeunes pour éviter la déportation en Allemagne et le Service du Travail Obligatoire montèrent en masse sur le Haut Doubs. C'est ainsi que le 27 août 1944, 18 jeunes de Suarce ont rejoint le maquis du Lomont. 10 se sont ensuite engagés dans la 1ère armée Française.

Libération
La libération du village eu lieu le 18 novembre 1944 grâce à 3 divisions : la 1ère DB, la 9ème DIC et la 5ème DB.

Mais, le dimanche 19 et lundi 20, le 2ème escadron du RICM basé à Suarce ne put qui rester malgré plusieurs tentatives sur Strueth et Manspach. Il fut obligé de quitter Chavanatte, la pression ennemie se faisant de plus en plus forte.

Le mardi 21 à 6 h 15, toute l’artillerie allemande se déchaîna pendant 1/4 d'heure, sur les abords de Suarce et ces 2 carrefours centraux. Puis à 6 h 30, venant des directions de Dannemarie et Strueth, Chavanatte et Vellescot, l'infanterie qui s'était rapprochée au maximum entra en action derrière les blindés.

D'après les informations fournis par les archives allemandes, la 198ème division d'infanterie qui était chargé de cette contre attaque se composait de 4 bataillons d'infanterie, le 305ème, le 308ème, le 326ème, le 490ème GR et du 654ème bataillon lourd de chasseur de chars équipé en particulier de 11 Jagdpanthers.

Contre tous cela, le capitaine Couturier avec son 2ème escadron leur opposait, ses 11 chars et 4 pelotons du GEP (Groupe Eléments portés) soit 250 hommes.
Le capitaine Couturier débordé de toutes parts donna l'ordre de repli vers 8 h 30 sur Lepuix et Courtelevant. Ils ont tenus quand même plus de 2 heures en faisant plusieurs centaines de morts, en détruisant un Jagdpanther et en immobilisant 2 autres.

A la nuit tombante et sous une pluie battante, le sous-groupement Charton arrive devant Suarce. Arrivé attendu par l'ennemi, depuis le matin à 9 h, les allemands avaient eu le temps de se fortifier, en quelques minutes un TD et 3 Sherman sont détruits. Le combat fait rage même au corps à corps, et se stabilise à 20h entre les carrefours. Profitant de la nuit les allemands se replient sur les bois du Foigerais et de l'Oberwald.

Suarce, arrivé des chars lors de la libération 1939-1945 Suarce, destruction d'un jagdpanther en 1944
Photo de deux chars légers M5 à canon de 37, prise le dimanche 19 novembre 1944 devant la cure du village (place de la bascule). Char Jagdpanther détruit à Suarce par le pointeur Burcet du char TD ABECHE. Comme il faisait encore nuit (6h du matin), il visa à travers le tube du canon et au troisième obus celui-ci prend feu.


Bilan de la contre attaque allemande pour les villages de Lepuix, Suarce, Chavanatte et les forêts environnantes :

Côté Français
Pour les 3 divisions (9ème DIC, 1ère DB et 5ème DB), il y eu entre 300 et 400 tués, on ne sait pas exactement car on n'a pas retrouvé les comptes rendus d'opérations de certains régiments qui ont combattu dans le secteur.

Côté Allemand
On estime entre 1000 et 1500 tués et autant de prisonniers dont 400 internés en Suisse.
Rien que dans les bois de l'Oberwald plus de 700 tués et 700 prisonniers.

Au niveau de la population, deux civils furent blessé. Deux tués furent également à déplorer :
Cela eu lieu le 21 novembre 1944, alors que la famille MATTIN soupait, un son de bombardement ce fit entendre. Ils coururent se refugier à la cave. C'est à ce moment qu'un obus explosa. Thérèse MATTIN, agé de 10 ans 1/2 et son oncle Eugène MATTIN furent tués sur le coup.